L’HISTOIRE DES SPIRITAINS À MADAGASCAR DEPUIS 1898
1. Bref survol historique des Spiritains à Madagascar depuis 1898
L’année 1898 marqua un évènement historique, non seulement pour les Spiritains mais surtout pour l’Eglise catholique tout entière à Madagascar. Le 05 juillet 1898, le Vicariat apostolique du Nord, fut érigé et confié à la direction de Monseigneur François-Xavier Corbet, missionnaire du Saint-Esprit et ancien Préfet apostolique de Pondichéry.
Érection du Vicariat Apostolique de Madagascar-Nord
Le Saint-Siège fait paraître deux autres décrets : celui qui nomme Mgr François-Xavier Corbet évêque titulaire d’Obba et celui qui le nomme Vicaire Apostolique de Madagascar-Nord. Ce territoire couvrait le Tiers-Nord de l’île : elle s’étendait en traçant une ligne droite, de Besalampy à Fenerive-Est et allait vers le Nord jusqu’à Diego-Suarez.
Arrivée des premièrs missionnaires
Trois Spiritains débarquèrent à Mahajanga. Ils s’agit des Pères Antoine DECRESSOL qui va rester à Mahajanga, Jules BRUNETTI qui sera à Diégo et Auguste FORTINEAU qui partira à Fenerive-Est
Mgr François Xavier Corbet arriva à Mahajanga
Le Pasteur de la Mission fut reçu avec les honneurs dus à son rang et que la réception faite par les fidèles fut splendide. Avec Monseigneur, arrivait un autre Père pour Majunga le Père Georges Leportier.
Mgr Corbet partit à Diégo-Suarez
L’évêque gagna sa ville résidentielle, en tant que Vicaire Apostolique. Cependant ses retours à Mahajanga étaient assez fréquents
La mort du Père Antoine DECRESSOL
Le Père DECRESSOL mourut à l’âge de 51 ans et fit seulement 7 mois d’activité missionnaires à Mahajanga.
L’arrivée des pères Prémontrés
À la demande de Mgr Corbet, Les Pères Prémontrés étaient arrivée en 1901 pour aider les Spiritains à évangéliser dans le Vicariat Nord de Madagascar. Mgr Corbet leur confia la côte Est de son immense Vicariat, excepté la station de Fénérive-Est, occupée déjà par ses propres missionnaires. Ils s’occupèrent alors des stations suivantes : Antalaha, Maroantsetra, Vohemar, Sambava et Sainte-Marie. Cependant, leur présence ne dura que 18 années. Ils quittèrent la Grande Ile en 1919, laissant toutes les stations qui leur étaient confiées à la Congrégation du Saint-Esprit. L’accord avec l’Evêque concernant leur départ a été signé le 19 juillet 1919 par le Père Louis de Gonzague.
Mgr François Xavier Corbet mourut à Diégo
Les forces du Vicaire Apostolique, maintenant âgé de 77 ans, déclinèrent petit-à-petit et il sentit qu’il n’avait plus la force pour faire les tournées de brousse. Il demanda à Rome un coadjuteur. « La réponse vint favorable mais Mgr Corbet n’en put prendre connaissance ; le jour même où s’éteignait le vénérable évêque, [le 25 juillet 1914] un câblogramme de Paris apprenait au P. Fortineau qu’il était coadjuteur de Mgr Corbet : il en devenait le successeur
Sacre du Mgr Auguste Fortineau à Diégo
Après 18 mois d’attente, par suite de la 1ère guerre mondiale qui l’empêchait de partir en Europe, le nouvel évêque, reçut la consécration épiscopale à Diégo-Suarez en présence de toutes ses brebis et des mains de Mgr Neville, Spiritain comme lui, évêque de Zanzibar.
Érection du Vicariat Apostolique de Mahajanga
À peine 25 ans après sa fondation, à la demande de Mgr Fortineau, le Saint-Siège érigea le Vicariat Apostolique de Mahajanga, la partie occidentale du Vicariat de Diégo-Suarez. Le Père Paul Pichot, vicaire général de Mgr Fortineau fut élevé à l’épiscopat et devint le premier Vicaire Apostolique de Mahajanga.
Sacre de Mgr du Mgr Paul Pichot
Le nouvel évêque reçut la consécration épiscopale en la chapelle de la maison mère de la Congrégation du Saint-Esprit, à Paris, 30 rue Lhomond par son Eminence le Cardinal Dubois, archevêque de Paris
Érection de la Préfecture Apostolique d’Ambanja
le Vicariat Apostolique de Diégo-Suarez et celui de Mahajanga furent amputés chacun d’une partie pour former la Préfecture Apostolique d’Ambanja (ce nom lui sera donné le 14 juin 1938) confiée aux Capucins d’Alsace.
Mgr Pichot démissionna
Après 17 ans à la tête du vicariat de Mahajanga, Mgr Pichot, sentant pesé sur ses épaules le poids de l’âge, remit sa démission auprès de Saint-Siège. Ce dernier accepta sa démission mais lui demanda de continuer à administrer son Vicariat jusqu’à la nomination du successeur.
Après la lourde charge à la tête du Vicariat de Mahajanga, l’ancien Vicaire Apostolique, rentra en France et se retira dans la communauté spiritaine de Pire sur Seiche, en Bretagne où il mourut le 20 septembre 1954
Nomination de Mgr Jean Wolff comme Vicaire Apostolique de Mahajanga
Mgr Jean Wolff fut à la tête du Vicariat de Mahajanga pendant 6 années avant d’être nommé le 19 février 1947 Vicaire Apostolique de Diégo-Suarez pour succéder Mgr Auguste Fortineau.
Ordination presbytérale du premier prêtre malgache du Vicariat Apostolique de Mahajanga.
Le P. Ernest Ramiaramanisa, ancien élève du Petit Séminaire St Paul, reçoit l’ordination sacerdotale, de Mgr Wolff, dans l’église de Mahabibo. C’est le premier prêtre malgache du Vicariat Apostolique de Mahajanga.
Démission de Mgr Auguste Fortineau à Diego
son épiscopat à la tête du Vicariat de Diégo-Suarez dura 32 ans. Usé par la tâche épiscopale de son grand Vicariat, il démissionna. Il rentra en France en juillet 1947, pour se faire soigner. Peu après, le 9 février 1948, il rendit son âme au Seigneur à l’âge de 73 ans.
Mgr Jean Wolff : Vicaire Apostolique de Diégo Suarez. Mgr Jean Batiot : Vicaire Apostolique de Majunga
Il est nommé à la tête du vicariat Apostolique de Diégo Suarez pour succeder Mgr Auguste Fortineau. Vu son expérience en tant que Vicaire Apostolique de Majunga, il entamme tout de suite des tâches très difficiles.
Ce jour même, le Père Jean Batiot fut aussi nommé Vicaire Apostolique de Mahajanga. Il reçut la consécration épiscopale à Paris dans la chapelle Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus des Orphelins-Apprentis d’Auteuil le 25 mai de la même année.
Consécration de la cathédrale de Mahajanga
l’épiscopat de Mgr Jean Batiot fut marqué par la construction et la consécration de la nouvelle cathédrale de Mahajanga « Immaculée Conception », le 5 septembre 1948, une année après son sacre.
Mgr Jean Wolff, ancien Vicaire Apostolique de Mahajanga et Vicaire apostolique de Diego-Suarez, préside la longue cérémonie liturgique, tandis que Mgr Jean Batiot, actuel Vicaire Apostolique de Mahajanga, célèbre la Messe Pontificale et prêche en malgache et en français.
Les Spiritains quittèrent la Mission d’Ambatondrazaka
À la demande de l’évêque de Diégo-Suarez Mgr Wolff, en janvier 1953, les Spiritains quittèrent les missions d’Ambatondrazaka (Ambatondrazaka, Imerimandroso, Andriamena, Amparafaravola, Andilamena et Andreba) et cédèrent cette région à la Congrégation des Pères Trinitaires.
Mort de Mgr Jean Batiot
Mgr Batiot mourut le 31 Août 1953, à l’âge de 55 ans, dans sa Chambre à l’évêché de Mahajanga. Les obsèques eurent lieu le 2 septembre. Il fut inhumé dans la cathédrale du Cœur Immaculé de Marie. Il fut le 1èr à être enterré dans cette cathédrale. Son épiscopat fut marqué également par le départ définitif des Soeurs Spiritaines. Très vite, il demanda aux Sœurs des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie de venir dans son Vicariat pour remplacer les Spiritaines.
Nommination de Mgr Jean David à la tête du Vicariat Apostolique de Madagascar
Le P. Jean David, curé de la Cathédrale de Diego-Suarez, est nommé Vicaire Apostolique de Mahajanga. Le 01 Juillet 1954, Jean David reçoit reçoit la consécration épiscopale à Cholet, son pays d’origine. Il est âgé de 42 ans.
Constitution Apostolique DumTantis Ecclesiae
Cétablit solennellement la hiérarchie épiscopale dans tous les territoires d’Afrique française, y compris Madagascar. Le vicariat apostolique de Tananarive fut élevé au rang d’Église métropolitaine. Furent portés au rang de diocèse les Vicariats Apostoliques suivants : Diégo-Suarez, Ambanja, Mahajanga, Antsirabe, Tamatave, Miarinarivo, Fianarantsoa, Fort-Dauphin, et la Préfecture Apostolique de Morondava. En 1959, le Saint-Siège érigea le Diocèse d’Ambatondrazaka et nomma le Père François Vollaro, Trinitaire, évêque à la tête de ce nouveau diocèse. A ce moment, l’ensemble de l’Eglise à Madagascar comptait 3 Provinces Ecclésiastiques, divisées en 15 diocèses. Aujourd’hui, elle compte cinq provinces ecclésiastiques divisées en vingt-deux diocèses.
L’institution hiérarchique épiscopale est une étape importante dans l’implantation des Eglises particulières à Madagascar, comme dans le monde entier.
L’un des objectifs de toute évangélisation est la naissance de nouvelles Eglises. Si le moment était venu de voir naître des diocèses malagasy, cela n’annonçait pas le départ des missionnaires spiritains, puisque le travail de 1ère évangélisation était loin d’être terminé. Les diocèses étaient nés mais la tâche missionnaire devait se poursuivre.
En outre, en 1967, Mgr Albert Tsiahoana, prêtre du diocèse de Diégo-Suarez, fut nommé Archevêque de Diégo-Suarez pour succéder à Mgr Jean Wolff démissionnaire, après avoir été son évêque auxiliaire pendant 3 années. En 1978, le dernier évêque spiritain, Mgr Jean David, évêque de Mahajanga, donna sa démission. Son successeur fut le Père Armand Gaëtan Razafindratandra, prêtre diocésain d’Antananarivo. L’intention du vénérable Père Libermann se réalisait : une Eglise africaine (ou malagasy) gouvernée par un évêque africain (ou malagasy). Comme le dit Koren : « très vite, désormais, les Africains occuperaient les sièges épiscopaux et archiépiscopaux, une Eglise canoniquement établie était née »[1].
[1] H. KOREN, Les Spiritains, Trois siècles d’histoires religieuse et missionnaire, trad. Par J. BOUCHAUD et A. CRACH, Beauchesne, p. 330.
2. La naissance d’une vocation missionnaire spiritaine
Les Spiritains avaient toujours comme premier souci la recherche, le soutien et la formation des vocations sacerdotales locales parce que l’établissement du clergé autochtone est un élément essentiel pour la croissance d’une communauté chrétienne vivante. C’est ainsi, d’ailleurs, l’intention même du vénérable Père Libermann quand il a rédigé la Règle Provisoire de sa congrégation à Rome en 1840 : « les missionnaires, quand ils seront dans un pays, doivent faire leur possible pour y établir un clergé indigène »[1]. C’est pourquoi, les missionnaires spiritains ont toujours mis dans leur priorité missionnaire la naissance des vocations sacerdotales diocésaines et des Religieuses « tera-tany ». Malgré le désir de devenir Spiritains chez certains jeunes malagasy, les missionnaires ont toujours fermé la porte jusqu’au moment où la congrégation fut consciente de la diminution des vocations originaires des pays d’Europe et la forte croissance de celles-ci dans les pays de mission. Conscient de cette nouveauté, le Chapitre Général de la congrégation, en 1980, parlait d’un « tournant » : « Nous avons atteint un tournant décisif pour l’histoire de la mission dans le Tiers-Monde […], une époque nouvelle a commencé, celle de la mission par le Tiers-Monde »[2]. Aussi les Spiritains s’ouvrent-ils aux nouvelles fondations. Ce même Chapitre Général affirme que « la fondation commence ordinairement quand les jeunes se présentent, ayant le projet de devenir religieux-missionnaires »[3].
[1] N. D. II. p. 253. Règle Provisoire, Chap. VIII, art. 1.
[2] Chapitre Générale 1980, Maison Généralice, Rome, N°104. p. 28.
[3] Ibid., N°111, p. 29.
La naissance de la fondation de l’Océan Indien (FOI)
Vers 1978, il y avait des jeunes malagasy qui nous ont manifesté leur désir de devenir eux aussi Spiritains. Au début, nous leur avons dit que nous sommes venus missionner à Madagascar, non pour un recrutement spiritain mais pour faire grandir l’Eglise locale et animer les vocations au service de cette Eglise locale. Mais ces jeunes Malgaches pressent et insistent en disant : « votre Eglise d’Europe était missionnaire, nous aussi à notre tour, nous voulons être missionnaires ». Après une profonde réflexion, le District de Madagascar a fini par accepter, comprenant que le moment était venu d’ouvrir les portes. Avec les supérieurs des Districts de La Réunion et de Maurice, nous avons mis en place la FOI. Effectivement chacun des 3 Districts (Madagascar, La Réunion et Maurice) a apporté à l’ensemble sa pierre de l’édifice naissant : formateurs, finances, candidats etc. L’ouverture du Foyer Laval à Antananarivo en 1979 marque le début du projet. Très vite, avec d’autres candidats des autres Districts cités, la formation se poursuit par l’ouverture du 1èr Noviciat à la Réunion en août 1982. Dès lors, un projet commun des trois Districts naissait : la participation active de la FOI à la mission de l’Eglise missionnaire des 3 Iles de l’Océan Indien. Il est décidé dans cette fondation que tous les jeunes ayant terminés leur formation devront être envoyés en mission ad-extra au loin : en Papouasie-Nouvelle-Guinée et Pakistan, et récemment l’Inde.[1].
[1] Selon le témoignage d’un confrère, un des fondateurs de la FOI.
Cette initiative a donc permis de voir naître une étroite collaboration entre les îles de la région, que ce soit au niveau de la formation, du point de vue financier et surtout dans le projet missionnaire « ad extra ». Ainsi, en 1988, les premiers missionnaires de la FOI sont partis pour la Papouasie Nouvelle Guinée, suivis de la deuxième vague en 1990-1991 pour le Pakistan. Malgré les difficultés rencontrées et pas mal de tâtonnements pour la recherche des lieux de formation, la FOI s’est développée régulièrement. En 1996, il y avait 9 profès perpétuels, en 2002, il y avait 30 spiritains originaires de la FOI[1]. Cela a nécessité la mise en place d’une nouvelle organisation. Des lors, les Spiritains ont envisagé la création d’une nouvelle Province « POI » (Province de l’Océan Indien), parce que comme le rappelle le Père Wenceslas Rabe «la Fondation n’existe pas pour elle-même ou par elle-même. Elle est une étape vers la Province »[2].
[1] Cf. J-C. JAQUARD, Rapport du Supérieur de District, Dans Pentecôte sur Madagascar, N°31, 3 au 13 septembre 2002, p. 10.
[2] W. RABE dans une brève présentation de la F.O.I. lors de son intervention au Chapitre du District de Madagascar en 2002 à Amborovy.

