HISTOIRE DES SPIRITAINS MADAGASCAR AVANT 1898
« Les Spiritains sont appelés pour être envoyés aux plus abandonnés. Cet appel retentit à travers toute leur histoire ».
1. Bref historique

Le 27 mai 1703, jour de Pentecôte, Claude François Poullart des Places fonda la communauté du Saint-Esprit « dans le but d’élever des ecclésiastiques destinés à se consacrer aux œuvres les plus délaissées »[1]. Ce jour-là, lui et ses étudiants se consacrèrent au Saint-Esprit sous l’invocation de la Sainte Vierge conçue sans péché. Très vite, la congrégation naissante s’est chargée du clergé colonial et elle seule a l’autorisation d’envoyer des missionnaires dans les colonies. Tous ceux qui avaient fait leur formation dans le Séminaire du Saint-Esprit se nommaient Spiritains. Ils furent formés pour les postes les plus humbles dans l’Eglise, ceux dont personne ne voulait.

En 1841, François Marie Paul Libermann, jeune juif converti au catholicisme et devenu Prêtre, fonda de son côté une congrégation nommée « Très Saint Cœur de Marie » et consacra son apostolat aux Noirs. Il envoya ses premiers missionnaires vers l’Afrique, Océan Indien, Haïti et Guyane. Son intérêt se porta particulièrement vers les Noirs qui étaient à l’époque sans secours. Très vite la congrégation qu’il a fondée fusionne avec celle du Saint-Esprit en 1848. Dès lors, les deux congrégations ne font qu’une : « Sodalitatium Sancti Spiritus subtutela Immaculati Cordis Beatæ Mariæ Virginis »[2]. Depuis cette fusion providentielle, « le même don de Dieu brûlera dans le cœur des milliers des spiritains jusqu’à nos jours »[3]. C’est pourquoi, dans le cadre des Spiritains de Madagascar avant 1898, nous parlerons d’abord du Séminaire du Saint-Esprit. Ensuite, nous aborderons la congrégation de Saint Cœur de Marie avec Libermann. Nous terminerons avec la fusion.
2. Le Séminaire du Saint Esprit
Effectivement, la présence spiritaine sur la terre malagasy date de 1832, où un Prêtre issu du Séminaire du Saint Esprit arrive à Madagascar. C’était le Père Gabriel-Henri-Jérôme de Solages. Il fut donc le premier Spiritain débarqué à Madagascar. C’était un excellent missionnaire. Le Père Henry Koren, Spiritain, affirme qu’ « on peut [même] espérer qu’il soit placé un jour sur les autels »[5]. Il n’a pas pu pénétrer dans la capitale, parce que la Reine Ranavalona I s’y opposa. Nous pouvons également constater que, selon la recherche de Koren, Madagascar et les petites îles malagasy faisaient partie des missions confiées au Séminaire du Saint-Esprit avant la fusion[6].
Quand son confrère, le Père Dalmond fut nommé préfet apostolique de Madagascar en 1841, il était le seul à l’évangéliser. C’est pourquoi, en 1843 il partit en France en vue d’obtenir des missionnaires pour l’aider. « Il frappa à bien des portes […], dans son diocèse d’Albi, chez les Jésuites, au sein de sa congrégation : Séminaire du Saint-Esprit dirigé alors par M. Fourdinier et aussi à Amiens chez le Père Libermann, supérieur de la congrégation du Saint Cœur de Marie »[7]. En retournant dans la Grande Ile, le Père Dalmond emmena avec lui quelques missionnaires dont six Jésuites et trois Spiritains (Webber, Richard et Joseph Gorée). « Les premiers commencerons leur ministère à Mayotte, puis M. Webber sera déplacé à Nosy Be et M. Richard à Sainte-Marie »[8]. Webber eu beaucoup de succès dans sa mission parce qu’il « possède une vaste et profonde connaissance de la langue malgache »[9]. Il « laissa comme héritage trois imposants ouvrages. “Dictionnaire Malgache-Français” rédigé selon l’ordre des racines par les Missionnaires Catholiques de Madagascar et adapté aux dialectes de toutes les provinces, “Dictionnaire Français-Malgache” adapté aux dialectes de toutes les provinces, et la “Grammaire Malgache” »[10].
3. La congrégation de Saint Cœur de Marie
Depuis la fondation du Saint-Cœur de Marie, Libermann pensait déjà à envoyer des missionnaires à Madagascar. Dans le mémoire qu’il a présenté à Mgr Cadolini, secrétaire de la S.C de Propaganda Fide pour l’approbation de sa congrégation, il disait ainsi :
Sur le dessein spécial pour le choix du lieu de la Mission. – Nous avons arrêté nos vues sur deux endroits : le premier, c’est Saint-Domingue […]. Le second endroit est l’île Bourbon. Le nombre des Nègres y est plus petit qu’à Saint-Domingue, mais leurs maux y sont bien grands […]. Et puis, nous serions là au voisinage de Madagascar où, peut-être, nous pourrions pénétrer, si Notre Saint-Père le Pape juge à propos de nous y envoyer. Et quel bonheur pour nous de porter l’Evangile dans ce pays ! Et peut-être même y donner quelques martyrs à l’Eglise[11] !
En 1843, M. Dalmond et Libermann se sont rencontrés à la Neuville pour une mission à Madagascar. Libermann, frappé encore par le désastre de Guinée[12], fit très attention, pour qu’il n’arrive plus encore un autre malheur pour la congrégation. Dans sa lettre à Levavasseur le 16 octobre 1844, il disait : « M. Dalmond veut placer nos missionnaires à Nossi‑Bé. Prenez garde : je vous charge du soin de cette Mission. S’il vous offre un pays mauvais, n’acceptez pas […]. Demandez à M. Dalmond et n’allez pas à l’aveugle ; faites‑lui sentir que s’il nous arrivait encore là des malheurs, cela pourrait nous être nuisible »[13]. Effectivement Libermann renonça à cette mission. Il fit savoir sa décision au cardinal Préfet de la Propagande :
« Je dois rendre compte à votre Eminence de ma conduite à l’égard de la mission de Madagascar. Il était convenu avec M. préfet apostolique que notre congrégation lui fournirait plusieurs prêtres et quelques frères. […] Le poste de Nossi-be leur était désigné. Ayant pris des informations sur cette île, j’acquis la certitude que les Européens ne pouvaient y subsister, à cause de l’insalubrité du climat […]. Je me vis donc obligé de renoncer, pour le moment, à la mission de Madagascar »[14].
En 1848, quelque mois avant la fusion, la Propagande demanda à Libermann de proposer quelqu’un pour le Vicariat Apostolique de Madagascar. Celui-ci proposa tout de suite Alexandre Monnet supérieur du Séminaire du Saint-Esprit. Par suite de la fusion, en septembre 1848, Libermann remplaça Monnet à la tête de la Congrégation à Paris et ce dernier fut nommé par Rome Vicaire Apostolique de Madagascar.
3. Après la Fusion
Quelques jours après la Fusion, « les petites îles sont détachées du Vicariat Apostolique de Madagascar pour former une Préfecture Apostolique autonome qui est confiée à la congrégation du Saint-Esprit avec le Père Webber comme premier titulaire »[15]. Le Père Webber est nommé par la propagande, pro-vicaire apostolique, en attendant la désignation d’un Vicaire Apostolique pour Madagascar et d’un Préfet Apostolique pour les « Petites Iles ». La nomination d’Alexandre Monnet comme Vicaire Apostolique de Madagascar fut pour Webber un grand soulagement. Dès lors, Webber fut Préfet Apostolique des petites îles. Et Mgr Monnet aurait dû s’occuper de l’évangélisation de la Grande Ile. Mais saisi d’un terrible accès de fièvre à Mayotte, il y mourût le 1er septembre 1849 sans parvenir à Madagascar[16].
Après la mort de Mgr Monnet, Rome proposa aux Jésuites de prendre la charge du Vicariat Apostolique de la Grande Ile. Ces derniers posèrent une condition : ils n’accepteraient cette mission de la Grande Ile que si les petites îles leur seraient concédées en même temps[17]. Après une longue négociation avec les Jésuites, Libermann, supérieur général des Spiritains finît par accepter et céda les deux missions à la Compagnie de Jésus. Le 22 décembre 1850, le Père Louis Jouen, Jésuite, fut nommé Préfet Apostolique de Madagascar et un autre Jésuite, le Père Marc Finaz, Préfet des petites Îles. Par conséquent, « Les Pères du Saint-Esprit au nombre de 6 (3 arrivés avec M. Dalmond et 3 avec Mgr Monnet) se retirèrent à La Réunion où ils ont leur confrères »[18]. Libermann écrivit à Webber et Ferroy en disant :
« Madagascar est donc donnée aux Jésuites […] C’est avec un grand regret que j’en ai fait le sacrifice […]. J’aurais bien voulu le conserver à notre congrégation, mais telle ne paraît pas être la volonté de Dieu. Nous manquons de missionnaires […] C’eût été préférer la vaine gloire d’en être chargés au salut de tant de millions d’âmes. Il était donc de mon devoir de la remettre aux PP. Jésuites. Je ne pouvais pas trouver des hommes plus propres à la bien conduire »[19].
Cette décision ne plût pas beaucoup au Père Webber et Gorée qui voulurent à tout prix évangéliser Madagascar. Pour réaliser ce désir profond, ils « demandèrent à devenir Jésuite […] et restèrent à ce titre à Madagascar »[20]. Quand les Jésuites purent rentrer à Antananarivo en 1861, leur apostolat sur la Grande Ile demandant de plus en plus de personnels, ils envisagèrent de redonner aux Spiritains la préfecture des petites îles qui ne les intéressaient plus. Cependant ils gardèrent l’île de Sainte-Marie en la faisant dépendre de La Réunion[21]. « Le 22 mai 1879, arrivèrent donc à Nosy Be 4 Pères et 3 frères spiritains. Le Père Guilloux était le nouveau Préfet Apostolique »[22]. Les Spiritains restèrent à Nosy Be et à Mayotte jusqu’en 1931, année où la préfecture fut confiée aux Capucins venus d’Alsace.
[1] F. LIBERMANN, Notice sur La congrégation du Saint-Esprit et de l’Immaculé Cœur de Marie et sur ses œuvres, Dans Claude François Poullart des Places et les Spiritains, Karthala, Paris, 2009, p. 651.
[2] « Congrégation du Saint-Esprit sous la protection de l’Immaculé Cœur de la Bienheureuse Vierge Marie », C’est l’approbation par Rome des règles du 17 avril 1909 qui a modifié ce nom. Tandis que le décret romain du 3 novembre 1848 employa le titre « Sodalitatium Sancti Spiritus subinvocatione Immaculati Cordi sBeatæ Mariæ Virginis » (Congrégation du Saint-Esprit sous l’invocation de l’Immaculé Cœur de la Bienheureuse Vierge Marie).
[3]Spiritain aujourd’hui, N°2, Maison Généralice, Rome, 1883, p. 16.
[5]H. KOREN, Les Spiritains, Trois siècles d’histoires religieuse et missionnaire, trad. Par J. BOUCHAUD et A. CRACH, Beauchesne, p. 153.
[6] Cf. Ibid., p. 231.
[7] J. CARRARD, Les Spiritains à Madagascar avant 1898, Dans Pentecôte sur Madagascar, N°33, Janvier-Février 2003, p. 12.
[8]Idem.
[10]Idem.
[11] N.D. II. Mémoire présenté par Fr. Libermann à Mgr Cadolini, Rome, le 23 mars 1840, pp. 69 – 70. Et aussi Anthologie Spiritaine, pp. 331 – 332.
[12] Le désastre de Guinée fut une grande peine et épreuve pour Libermann : Il a perdu 5 de ses 7 premiers missionnaires envoyés en Guinée en espace de 6 mois. Il partagea cette peine à Levavasseur en disant : « Nous avons besoin de cette consolation, car il nous arrive de grands malheurs en Guinée ». Anthologie Spiritaine, p. 239. N.D. VI. Lettre à Levavasseur, Paris, le 16 octobre 1844, p. 374.
[13] N.D. VI. Lettre à Levavasseur, Paris, le 16 octobre 1844 p. 376. Voir aussi, Anthologie Spiritaine, p. 241.
[14] N.D. VII. Lettre au Cardinal préfet de la propagande, pp. 172 – 173.
[15] H. D’HAMONVILLE, Le Père Clément RAIMBAULT – 875-1949, Dans Pentecôte sur Madagascar, N°34, Avril-juin 2003, p. 8.
[16]Voir N.D. XII, Lettre à M. et Mme Monnet, Paris, le 08 avril 1850, p. 148.
[17] Cf. N.D. XII, Lettre au Père Maillard, provincial des PP. Jésuite de Lyon, 5 Juin 1850, p. 220. Voir aussi la lettre au Cardinal préfet de la propagande, Paris, le 9 et 11 septembre 1850, ibid., p. 310.
[18] H. D’HAMONVILLE, Le Père Clément RAIMBAULT – 1875-1949, Dans Pentecôte sur Madagascar, N°34, Avril-juin 2003, p. 9.
[19]N.D. XIII, Lettre à Ferroy et Webber à Madagascar, Paris, le 11 mars 1851.
[20] J. CARRARD, Les Spiritains à Madagascar avant 1898, Dans Pentecôte sur Madagascar, N°33, Janvier-Février 2003, p. 13.
[21] Cf. Idem. Voir aussi H. D’HAMONVILLE, Le Père Clément RAIMBAULT – 1875-1949, Dans Pentecôte sur Madagascar, N°34, Avril-juin 2003, p. 9.
[22]Idem.
